Né en 1946, Jacques Tardi aspire très jeune à devenir un auteur de bande dessinée. Il suit une formation artistique à Lyon (Académie des Beaux-Arts), puis à Paris (École des Arts Décoratifs). Dès la fin de ses études, il propose ses planches à l’hebdomadaire Pilote où il débute en 1970 par quelques courts récits. Rapidement, l’auteur sort des sentiers battus narratifs et impose un style graphique immédiatement reconnaissable.
Au milieu des années soixante-dix, réinventant le roman-feuilleton échevelé, Tardi crée le personnage d’Adèle Blanc-sec (une série de 9 albums à ce jour), qui réfute le statut d’héroïne : « Voyez-vous, en y réfléchissant, je ne suis pas mécontente d’avoir passé cette guerre dans une baignoire… La Patrie… La France… tout ça… Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire. Et puis je n’ai pas une âme de héros. » (Tardi, Le Noyé à deux têtes, Casterman, p. 9). La guerre à laquelle Adèle fait allusion est la Grande Guerre que Tardi, marqué par les récits familiaux et la littérature pacifiste de l’entre-deux-guerres, ne cesse de revisiter depuis Un épisode banal de la guerre des tranchées, proposé à Pilote en 1970, jusqu’à Putain de Guerre (Casterman, 2008-2009), réalisé en collaboration avec J.-P. Verney. Déjà, dans Adieu Brindavoine le récit s’achève sur le déclenchement du conflit et la volonté affichée du personnage principal de ne pas y participer. Aujourd’hui la représentation graphique de la Grande Guerre est indissociable du nom de Tardi, et pas uniquement dans le milieu de la bande dessinée où, incontestablement, il est « la » référence.
Vouloir en quelques lignes retracer la carrière de Tardi, qui a énormément contribué à l’éclosion d’un politique d’auteur, aujourd’hui reconnu par ses pairs et par un lectorat qui ne cesse de s’élargir, serait illusoire. Dès 1985, Tardi est sacré Grand Prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre ; en 2002, il obtient le prix du meilleur album publié en Allemagne pour Grabenkrieg (traduction de C’était la guerre des tranchées, Casterman, 1993).
En dehors des nombreux albums dont il est l’auteur à part entière, Jacques Tardi a multiplié les adaptations et collaborations, que ce soit avec Didier Daenincks, (Le Der des Ders, Varlot soldat), Léo Malet (Nestor Burma), Jean-Pierre Manchette (Griffu, Le Petit Bleu de la côte ouest) ou Jean Vautrin (Le Cri du peuple). Lui-même auteur d’un court roman aux accents céliniens (Rue des Rebuts), Tardi a également mis en images trois ouvrages de Louis-Ferdinand Céline (Voyage au bout de la nuit, Casse-pipe et Mort à crédit).
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