Yasmina Reza, née en 1959 d’une mère hongroise et d’un père russe d’origine iranienne, est un auteur français connu dans le monde entier grâce à ses pièces de théâtre qui allient la légèreté du ton à la gravité du propos : solitude rédhibitoire de l’être humain et vanité des entreprises humaines.
Sa première pièce, Conversations après un enterrement, écrite en 1983-1984, jouée en 1987, lui fait obtenir sa première récompense littéraire et marque le début de sa collaboration avec Patrice Kerbrat, qui montera aussi ses autres pièces : La Traversée de l’hiver (1989), « Art » (1994) et Trois Versions de la vie (2001), pièce dans laquelle elle interprète elle-même brillamment l’un des rôles (Inès). Au cours de cette décennie, elle aura écrit également des récits autobiographiques (Hammerklavier), deux romans (Une désolation et Adam Haderberg, publié en janiver 2003), un scénario de film (Le Pique-nique de Lulu Kreutz) interprété notamment par Philippe Noiret et Niels Arestrup, tandis que L’Homme du hasard est joué à New York, Trois Versions de la vie au National Theatre à Londres et à Vienne, dans une mise en scène de Luc Bondy, qui juge le théâtre de Reza « moderne, réaliste, provocant… et pas toujours agréable ».
Ce théâtre, aujourd’hui adapté dans plus de trente-cinq langues, joué et publié dans le monde entier, est écrit dans un style original que Yasmina Reza dit venir de ses origines : « Je ne crois pas écrire comme une Française, j’utilise des raccourcis, des formules très elliptiques, qui viennent de ce maniement étrange de la langue que l’on pratiquait autour de moi, cette façon de dire les choses indirectement, cet humour… » Vient sans doute également du milieu familial ce goût pour la musique que l’on reconnaît à l’importance accordée aux « silences » entre les mots, silences musicaux, pleins de non-dits et de sous-entendus, qui donnent à ce théâtre son rythme et sa retenue.
Dans la pièce « Art », Serge, Marc et Yvan ont déjà derrière eux un « devenir social » que la discussion sur le tableau blanc révèle progressivement. On n’est jamais très loin de l’éthique quand on parle d’esthétique et l’appartenance d’« Art » au genre de la comédie de mœurs ne fait aucun doute, qu’il s’agisse des thèmes abordés ou de la façon dont les dialogues font progresser l’action sans intervention extérieure au trio. La pièce est typique de la spécificité du texte théâtral dont Yasmina Reza joue en virtuose.
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